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Edito #2 (Novembre 2012)

NOTE IMPORTANTE : Afin de toucher le max de lecteurs et dans une quête de notoriété pour payer notre dose quotidienne d’héroïne, nous avons décidé ce mois-ci de ne pas parler de groupes bordelais (c’est une stratégie marketing, tu peux pas test), mais nous vous adressons une promesse : dans tous les prochains numéros de Flippin Mag, AU MOINS UN GROUPE BORDELAIS AURA DROIT A SON ARTICLE !
Cependant on parle pas mal du Rocher de Palmer donc on est pas totalement hors-sujet. Bon allez, je vous emmerde plus, lisez plutôt :

J’aime bien le mois de novembre, parce qu’en général la fin d’année corrige un peu le tir d’un millésime assez moyen en terme de sorties musicales. Bon c’est vrai qu’on a pas eu de grandes découvertes, de révélations hallucinantes sorties de nulles part… Mais on a un nouvel album de Godspeed You ! Black Emperor, les mastodontes canadiens du Post-Rock, et ça c’est déjà une victoire. Parce qu’en plus, le skeud s’avère assez fidèle à l’univers du groupe, et pour couronner le tout, rivaliserait presque avec leurs productions des années 2000 en terme de qualité. Allelujah, don’t Bend, Ascend !
On a aussi eu le droit à deux pures pépite psychédéliques : la première venue d’Australie Tame Impala, et l’album de la petite protégée de son chanteur Melody’s Chamber Echo.
ez3kielEt puis y’à ces français d’Ez3kiel, déjà bien implantés dans le circuit. Nouvel album live : Naphtaline Orchestra. Avec un nom pareil, autant délaisser l’album et aller tenter l’expérience en concert tant qu’on y est…

Pourquoi pas après tout ? Pourquoi pas se sortir la tête du cul, arrêter de pleurnicher sur les sorties déplorables de l’année 2012 ? Un Jack White au minimum syndical, un Brian Jonestown Massacre qui tente de se renouveler avec difficulté, une autre guimauve tordue des Dandy Warhols… Après tout, l’erreur est humaine non ? L’important est que ces artistes nous fassent toujours vibrer, et à défaut de le faire sur CD, peut-être y parviendront-ils sur scène ?
La vérification s’impose ! Parce que c’est un peu notre devoir, mais surtout parce que c’était bien l’expérience musicale la plus intéressante à tester à Bordeaux cette année. La renaissance de Godspeed You ! Black Emperor, et deux semaine plus tard, les nouvelles expérimentations symphoniques d’Ez3kiel. Semaine sur ce semaine, ces deux groupes ont fait un détour au Rocher Palmer de Cenon, et forcément, l’équipe de Flippin’ y a déposé sa tente. L’emplacement est à la périphérie de la ville, bénéficiant d’un parc assez spacieux pour se promener nu de beau matin, et très accessible grâce au tramway. La playlist y est alléchante (Wax Taylor, Dandy Warhols, Johnny Winter) et la salle, en terme d’acoustique et d’architecture, à la hauteur de ce joli programme. Fin de parenthèse.
Quelle fierté de constater que les Français d’Ez3kiel cherchent toujours l’innovation, et ne se contentent pas de nous resservir le même style à chaque nouvelle sortie. Electronique, trip-hop, ambiant, post-rock… Les tourangeaux ont su traverser les années 2000 en se renouvelant constamment sans jamais céder à l’orgueil des foules de festivals déjà acquises à leur cause. rocher-de-palmerEt au Rocher, devant un public aussi éclectique que leur musique, les musiciens ont prouvé qu’ils n’ont pas usurpé leur réputation en livrant un show post-rock ponctué de musique classique et d’expérimentations audacieuses. Des longueurs, certes, mais résultant d’une certaine prise de risque qu’on ne peut que féliciter.
Parce que finalement, caler un passage instrumental à base de verres à pieds chantants où livrer un riff ultra-heavy derrière une rythmique au xylophone, ce n’est qu’un petit pas pour la musique, mais un grand pas pour l’espoir, l’espoir de voir des artiste tenter l’impossible, quitte à se casser la gueule.
A défaut de se torcher avec de bons disques, le rock a encore de beaux jours devant lui, enfin, de belles nuits ! (de concert).

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Live Report (Novembre 2012) GODSPEED YOU! BLACK EMPEROR

Une tournée qui fait escale au Rocher Palmer de Cenon, un nouvel album qui déchire autant que ses illustres prédécesseurs, et une maîtrise toujours aussi parfaite de leurs instruments… Et tout ça après dix ans de sommeil. Quel bonheur de revoir Godspeed You ! Black Emperor en activité.

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Pochette de l’album « Allelujah Don’t Bend Ascend »

Un vrombissement retentit. C’est le drone, le son ambiant qui te pète les oreilles, le larsen. Il fait tout noir dans la salle, et l’atmosphère est lourde. Merde, tous les musiciens sont sur scène : trois guitariste, deux batteurs, un pianiste, deux bassistes, un gigantesque violoncelle, et une violoniste. Mais ils ne bougent pas, statiques à l’image de la torture qu’ils nous infligent. Et ce drone continue, bourdonne et s’installe dans nos pauvres tympans à l’agonie. Trente secondes ? Dix minutes ? Une heure ? Je ne sais pas mais la douleur se fait de plus intense à chaque instant.

Derrière la scène, un film projeté.

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Tu parle d’un film : le mot « Hope », espoir en noir et blanc qui tremble au son des acouphènes. L’espoir de voir un jour ce son s’arrêter peut être. Voilà la définition du silence par Godspeed You ! Black Emperor.

Le violon crisse un bon coup pour rejoindre cette note unique, puis la guitare s’y met, les cordes caressées par un archer, une autre guitare, puis un autre, puis une basse, puis une autre… La tonalité change doucement, le violon s’intensifie, les pédales d’effet chauffent, les percussions se font timidement remarquer, ça monte, ça monte, ça MONTE PUTAIN !!!!!

EXPLOSION COSMIQUE !!

Enfin ! « Mladic », extrait de leur tout nouvel album, se lance. Nom de dieu qu’on l’a mérité ce morceau, et on l’apprécie d’autant plus. Comme un pénis électrifié pénétrant dans un grand coup de décibel un vagin atmosphérique tellement lancinant : c’en est jouissif.

Le son est fort, les guitares sont saturées, les deux batteries cognent sec… Il fallait dix minutes de torture pour édifier le mur du son, et voilà qu’on se le prend littéralement dans la gueule pendant deux heures. Deux heures de musique sans interruption, avec des montées et des descentes, des explosions et des accalmies, des plages ambiantes et des fusées de guitare distordues. godspeedLes musiciens restent assis ? C’est d’autant plus prudent : danger d’écrasement imminent. Godspeed vous a eu, impossible de penser à autre chose que ces notes obsessionnelles, ces instruments tellement nombreux est tellement bien synchronisés qu’on arrive même plus à savoir qui fait quel son… Une horreur sublime. Et si par malheur on lève les yeux, c’est pour observer sur l’écran le spectacle de manifestants chinois massacrés, ou des pages de bouquins défilant tellement vite qu’on ne peut retenir qu’un mot par seconde. « Hate », « Disguss », « Dreadful »…

Il y a bien plus que du talent chez ce groupe. Un véritable virtuosité et une maîtrise parfaite des outils mis à leur disposition. Pas de chant, des morceaux complexes et élaborées en plusieurs mouvements… Godspeed pourrait paraître élitiste, mais pourtant n’importe quel péquenot qui assisterait à cette orgie sonore contrôlée pourrait se rendre compte de l’ampleur et de l’évidence de la chose : Godspeed tue toute concurrence en restant accessible au commun des mortels. Jamais il ne tourne autour du pot. Même si les montées sont longues, elles vont droit au but et ne s’égarent jamais dans de l’expérimentation fumeuse. Une fois qu’on décolle, il n’y a pas une seconde de flottement, d’ennui qui pourrait s’incruster dans la performance. Et si ç’avait été le cas, cette seconde aurait été balayée par trois grands coups de médiator en une note unique tel le caca de chien gisant sur le trottoir à l’arrivée des employés municipaux.

godspeedyou

Seulement quatre morceaux ont été joués ce soir pour deux heures d’adrénaline pure. Curieusement, ils ont été tirés du dernier album, et de l’EP Slow Riot For ZerO Canada. Aucune trace de F#A#∞ ou de Lift Your Skinny Fists… Au final on s’en fout, parce que tout est bon dans le jambon, et parce que Godspeed a la capacité de faire de chaque morceau un chef d’œuvre, un ascenseur émotionnel, ou une merveilleuse torture. Si la scène post-rock n’est pas toujours grandiose (voire un résidu de masturbation scatologique élitiste), les Québécois de Godsped You ! Black Emperor seront toujours là pour défendre avec honneur et passion ce faux genre, qui n’est au final rien d’autre que du rock qui transcende l’infini, rien d’autre…

Chronique #2 (Novembre 2012) « Lonerism » by TAME IMPALA

lonerism

Vous êtes au fast-food. Burger en main, vous dégustez le met culinaire le plus raffiné du coin et cuisiné avec amour. La table est dégueulasse, les gens sont bruyants, les cuisines puent… Mais vous savourez ce burger, bouchée après bouchée, quitte à laisser couler une goûte de sauce dans le carton du sandwich et la récupérer en l’aide d’une bonne frite. Puis une longue gorgée de soda pour rincer tout ça avec du sucre synthétique… Puis, d’une main gauche assurée, vous saisissez deux frites. La friture salée vous titille la langue et la consistance de la pomme de terre en fait un accompagnement parfait. Frite après frite, votre carton se vide, à tel point que vous en oubliez ce pauvre burger qui en perd sa salade.

Mais tout à coup, une frite s’avère plus coriace que les autres: plus croustillante, goûtue. Son corps fondant caresse votre palais avant de s’évanouir dans votre gorge, exultant ses dernières saveurs.

C’était une potato.

Et bien, si la scène psychédélique revival était un repas au fast food, la potato serait un groupe Australien. A l’image de la rivalité frite/potato, les faux jumeaux Américains/Australiens se tirent la bourre. Mais dans tous les cas, les frites gagneront, et il en va de même dans le monde de la musique: une petite potato cachée dans un grand paquet de frites, qui vient revaloriser le goût des frites, vous faire une douce bouffée d’air frais avant de rempiler sur la suite.

Notre potato s’appelle Tame Impala.

Tame-Impala

Kevin Parker, Dominic Simper, Nick « Paisley Adams » Allbrook, Jay Watson

Tame Impala représente la fusion psychédélique de deux genre improbables: la pop des BEATLES et la lourdeur du SABBATH. Je vais être franc: cet album est un ovni cosmique.
Ce chant Lennonien, ces guitares acides, cette batterie brutales, ces mélodies enfantines… Improbable vous dis-je, comme le premier morceau « Be Above It », qui unit si bien ces paradoxes.

Le groupe clame implicitement ses influences (« Endors Toi » tire beaucoup vers le FLOYD), mais pourtant se confectionne son identité. Cette identité, qui découle d’une excellente production mettant l’accent sur des sonorités d’on ne sait où et une guitare dont on exploite un maximum les effets. Oui, c’est très cosmique. On voyage de mouvement en mouvement, où les transitions nous surprennent toujours (« Apocalypse Dream » et le fabuleux « Nothing […] We Could Control »). Quoi qu’il arrive, chaque seconde apportera un élément inconnu: un roulement de batterie, une entrée de clavier, un gros coup de guitare lointain…

Kevin Parker

Kevin Parker

Et dans tous les cas, la mélodie reprend ses droits sous le joug du chanteur chanteur/guitariste Kevin Parker, qui semble seul à maître à bord.

Et cette production, qui reste brute malgré un gros travail, ne fait qu’accentuer le sentiment de se trouver téléporté d’un lieu à un autre en l’espace d’une seconde. Kevin Parker, aurait enregistré chaque piste instrumentale six fois (et douze fois pour le chant), ce qui aboutit à cette sonorité si compressées.
La verve des guitare qu’on retrouvait sur le premier album n’a pas disparue, elle est mieux maîtrisé  histoire de ne pas en faire trop mais de rester un minimum stoner pour la forme (« Elephant »).

Beaucoup de choses se dégagent de cette navette envoyée si brusquement: des teintes de jazz ça et là, parfois du blues bien gras (« Mind Mischief »), et avec amusement on reconnaîtra un hommage au morceau « Mr. Crowley » d’Ozzy Osbourne, et cette fois je vous laisse deviner quel titre.

Cette innocente potato Australienne a décidément de quoi faire pâlir ses cousins Américains. Car la meilleur sortie psychédélique de l’année de 2012 a su se faire attendre, et elle vient bien d’Oz-tra-lia.

Playlist #2 (Novembre 2012) ‘CHEVEUX LONGS, MORCEAUX LONGS’

Woulalaa ! 2h19 de musique ! Flippin fait le plus grand raccourci du monde (cheveux longs = morceaux longs) et vous offre ces belles pépites.

Voici la tracklist :

1. Sweet Smoke « Silly Sally » (1970)
2. Pink Floyd « Atom Heart Mother » (1970)
3. Television « Marquee Moon » (1977)
4. Ride « Leave Them All Behind » (1992)
5. Spiritualized « Cop Shoot Cop » (1997)
6. Godspeed You ! Black Emperor « Sleep » (2000)
7. EZ3kiel « Salystoar » (2001)
8. The Black Angels « Snake In The Grass » (2008)
9. The Horrors « Moving Further Away » (2011)

Hommage à Ravi Shankar (1920 – 2012)


92 années après sa naissance dans les lointaines contrées indiennes, le musicien Ravi Shankar s’est éteint aujourd’hui à San Diego en Californie, d’un dernier souffle qui dut atteindre les cordes sympathiques de son instrument fétiche. Suite à une opération chirurgicale de remplacement de la valve cardiaque, le virtuose est parti rejoindre ses élèves gavés de L.S.D, j’en suis sûr, au paradis.
Son talent inné pour le sitar avait fait de lui le maître incontesté de cet instrument.


ravi

Ravi Shankar & Georges Harrison dans les années 1970

Le papa de Norah Jones fut d’une influence considérable sur le rock. Dans les années 60, de nombreux musiciens en recherche de sonorités orientales firent appel à lui pour apprendre le sitar, comme Brian Jones (Rolling Stones) et Georges Harrison (The Beatles), qui incorporèrent ce merveilleux instrument dans leurs compositions (qu’on retrouvera respectivement dans « Paint it Black » et dans « Norvegian Wood »). On notera également sa présence au festival de Woodstock en 1969, qui viendra concrétiser son rapport privilégié avec les musiciens de l’ère acide, et on se souviendra également de ses jams survoltés avec Jimi Hendrix ou John Coltrane.


Flippin’ Mag coule une larme et lâche une colombe en l’honneur du maître d’armes de la musique orientale. Que Kâli guide tes pas vers la réincarnation Ravi.


					

FLIPPIN’ EN IMPRIMÉ

couv

 

YEAH ! Flippin est maintenant disponible version papier et GRATUITEMENT !!

Va vite choper ton mag dans les points de distribution suivants :

– Mushroom Pub
– Sherlock Holmes Pub
– Primacorde
– CAPC
– Bibliothèque Universitaire
– Accueil Faculté Bordeaux III
– ESMI
– Le Café Brun

Edito #1 (Octobre 2012)

« Fuck you, I won’t do what you tell me »  Zack de La Rocha

Montez le son, allumez une clope, fermez les yeux, rêvez…

On parle de musique là non ? Ouais ouais, on parle bien de ça, et c’est ce que flippin’ va tâcher de faire cette année à Bordeaux. Beaucoup de groupes, variés et éclatés partout sur les scènes bordelaises, et peu de presse pour les couvrir. Y’a bien quelques revues bien pensantes financées par la mairie pour vous baratiner sur le dernier concert d’Eiffel où la prochaine soirée electro à l’Iboat, mais est-ce suffisant ?

Sûrement pas. Putain, depuis Noir Dez’, rien n’a su secouer notre chère ville embourgeoisée par les boites de nuit electro, et autres soirées épicuriales pour discuter du dernier album de Dylan autour d’un bon verre de vin bradé. Après cet élégant apéritif, pourquoi ne pas se dandiner vers Paludate, exhiber sa nouvelle chemise sur un nouveau tube enflammé de Jay-Z, où je ne sais quel remix d’un putain de tube de l’été à gerber ? Après tout, l’odeur du gel fondu se mêle plutôt bien avec celle du déodorant. Et puis David Guetta après trois verres et un rail c’est tout de même sympa !

Se mêler aux nouveaux hipster aux allures retro, ça aurait pu le faire, seulement si ces derniers n’avaient pas un penchant certain pour le ridicule affiché avec fierté dans des fringues hideuses et des coupes faussement crasseuses.

Non, vous valez mieux que ça. La musique ne doit pas être le monopole des bien pensants, des mouvements conformistes. Les Pussy Riot ne le savent que trop bien. La musique (et on appliquera principalement dans nos colonnes ce terme au rock dans son ensemble) doit secouer la norme, faire bouger les choses, tenter le diable, et non se dénuder sur NRJ 12 dans une soupe infâme qui n’a de R&B que le nom, maquillée et travestie indignement pour réinventer une féminité sans vêtements (et sans dignité). Mais après tout, que demande le peuple ? Des refrains faciles, des suites de notes pas trop compliquées et une production qui sonne bien pour danser tout l’été. Bref, un modèle de composition !!

L’electro, le hip-hop, le rap… Rien de tout cela n’est à blâmer. En revanche, je ne serais pas si catégorique sur les producteurs qui sauront ruiner musicalement des artistes et ridiculiser un genre entier au moyen d’employés (je ne leur accorderai même pas le qualificatif de « chanteur ») aussi complices qu’eux dans ce massacre, cette escroquerie des genres sortis sortis des bas-fonds pour une insupportable démocratisation, que dis-je, décrédibilisation. Il suffit d’un morceau de Sexion d’Assaut pour que le glas retentisse. Si les rappeurs des 90’s avaient su ce qu’allait devenir leur précieux art de rue, ils auraient eu là véritable prétexte pour mettre la banlieue à feu et à sang.

Mise en garde alarmante ? Non, simple constat de ces années 2010 déjà trop élancées vers l’uniformisation des radios et du style de vie.

Reste-t-il de l’espoir ? Flippin’ a envie d’y croire, et se lance dans une aventure sur le non-marché des presses indépendantes. Au programme : rébellion, guitare, concerts et jeunesse. Si nous rejetons le culte du mainstream, alors c’est peut-être l’underground qui nous prendra sous son aile blessée.

Bonne rentrée !

Interview #1 (Octobre 2012) BE QUIET

C’est sur une affiche assez représentative de la scène Bordelaise que les Be Quiet se sont produits le 12 octobre. Représentative par sa jeunesse, par sa diversité et par sa géographie : le groupe partage successivement la scène avec North Odd Preppies, 666 Revelation, et les Libido Fuzz, et qui plus est dans un lieu montant des sorties bordelaises, tant pour ces concerts en début de soirée qu’en tant que boite de nuit un peu plus tard, l’I-boat. Au quai du bassin à flots, cette péniche offre depuis le pont une superbe vue crade et authentique de la Garonne, en face de bâtiments désaffectés et d’une rive droite en chantier. C’est juste après les balances que nous retrouvons le groupe, composé de Benjamin (chant, guitare), Louis (guitare, multiples pédales bruyantes), Mateï (clavier) et Quentin (batterie) pour une interview.

A cheval entre shoegaze et post-punk, ces français tellement british tout vêtus de noir nous invitent à nous caler dans leur van une bière à la main, pour parler de l’EP à venir et tenter de clarifier un peu leur rapport à la scène bordelaise, assez obscur à l’image de leur musique.

L’équipe Flippin’ interview Be Quiet dans leur kamtar !

Version vidéo :

Version papier :

Flippin : Comment avez vous été amenés à jouer ensemble ?

Benjamin : C’est la pire question qu’on nous ai posé (rires timides)

Louis : Par hasard. A la base on est issus de deux groupes différents. On s’est rencontré sur un plateau commun. Je jouais avec Malice et je suis allé les voir « s’il vous manque un guitariste, ben j’suis là! ». Et grâce à Quentin j’ai intégré le groupe assez rapidement. Au final Pierre est venu nous rejoindre assez rapidement, et Mateï par la suite.

 

Mateï : En fait je joue dans plusieurs groupe comme The Barbies, Dream Paradise avec Benjamin que j’avais rencontrer au lycée avant la naissance de Be Quiet. Et quand ils ont eu besoin d’un synthé ils m’ont appelé.

 

 

Flippin : Et pourquoi justement ce besoin de synthé ?

Louis : On avait décidé de changer radicalement notre musique, plus un besoin qu’une envie…

Flippin : Comment se déroule l’enregistrement de l’EP ?

Benjamin : On l’enregistre dans un très bon studio qui s’appelle L’atelier, qu’on à eu la chance de connaître par un ami à moi avec qui je faisais de la guitare plus jeune. Il m’a fait visiter les lieux et rencontrer un ami avec qui on planche sur le mixage, les finitions… comme un producteur en fait. On a beaucoup de choses en boite, mais on prend notre temps.

Louis : on va terminer un nouveau morceau la semaine prochaine, et l’EP sort en janvier 2013 si tout va bien.. Quatre morceaux assez long, de plus de huit minutes donc l’EP devrait en faire une trentaine. On devrait finir à la Toussaint et profiter de la fin d’année pour mixer, rajouter des trucs et nous reposer un peu…
Benjamin : Et surtout faire d’autres salles pour voir comment notre public réagit à notre musique, et éventuellement modifier de trucs, les pousser plus loin pour exploiter un maximum nos morceaux jusqu’à ce qu’on en soit très satisfait. C’est d’ailleurs pourquoi on est là ce soir.

Flippin : Et par quels moyens allez vous le distribuer ?

Mateï: Par internet. On pense pas pour l’instant à investir. Ça a déjà un coût de l’enregistrer. Bien sûr, le faire presser en CD ou en vinyle ça serait le rêve mais c’est trop cher, et ça rapporte peu si ce n’est le plaisir de l’objet. On pense surtout à le diffuser pour trouver des contacts hors de Bordeaux et s’exporter, c’est comme ça qu’on va faire la première partie des Hyènes que nous avons rencontré par hasard au Krakatoa. Ils sont très sympas. Vive le punk ! (rires expressifs).

Flippin : Sentez vous appartenir à une scène, ou un courant musical précis ?

Mateï : On cherche pas à coller à un style, à une mouvance. Tu vois même si ce soir on joue avec le North Odd Preppies, nos musiques n’ont pas grand chose en commun. Bien sûr on a des salles dans lesquelles on aime bien jouer comme l’I-Boat.

Louis : On cherche pas du tout à appartenir à cette scène bordelaise. C’est tellement varié en plus

Flippin : Y’a plus de rock français ?

Tout le groupe : Non !! (Rires complices. Tout le monde s’étreint et se fait des clins d’œil subjectifs. Mais nous sommes surpris par l’arrivée de Pierre, le bassiste). Allez Pierre rejoins nous on fait une interview, fais l’hélicoptère !

 

Pierre : C’est qui c’est clochards avec leurs bières ?

 

Flippin : Euh, c’est nous qu’on fait l’interview en fait, burps…

 

Flippin : Un groupe du moment à Bordeaux ?

Louis : Midnight Panda Club (Rire à gorge déployée. Tout le monde se pourlèche le visage en se caressant affectueusement). John & the Volta aussi.

Flippin : Joy Divison ou The Cure ?

Louis, Mateï Benjamin : The Cure (sourires amoureux). Pierre et Quentin : Joy Division

Flippin : The Horrors ou Radiohead ?

Unanimité Radiohead dans un cri de joie sonore.

Quentin et Pierre : On est pas au niveau de faire du Radiohead, on a pas un bon chanteur en fait.

 

Flippin : Vos premières parties ?

Les Hyènes, Mademoiselle K, Ratatat, Luke, Renan Luce… (Hilarité générale, violente partouze dans le van, j’en renverserais même ma bière putain).

Flippin : Vous aimez votre public ?

Quentin : Oui en serait prêt à sucer la bite de n’importe lequel de nos fans !

Flippin : Cool, on vous rejoint après le concert alors !

Bizarrement, les Be Quiet ouvriront le concert pour les trois prochains groupes, et de manière assez spectaculaires L’acoustique et l’ambiance caverneuses de la cale de l’I-boat semblent matérialiser la rock mi-gothique mi-ado du groupe, nappée de claviers. Le son est glacé, le clavier lointain et le chant convaincant. La rythmique est carrée, précise et inventive. Mais ce qui frappe surtout c’est le jeu de scène déchaîné du guitariste. De tout le concert, on ne pourra voir ses yeux, effacés sous une longue crinière lisse et fixés inlassablement sur le sol comme pour percer ce qui se cache en dessous. En réalité, Louis est concentré sur le set infini de pédales d’effets à ses pieds, qu’il enclenche avant de reprendre ses gesticulations compulsives.
Il alourdit son fuzz, le couvre d’écho, puis le rend clean pour de nouveau y rajouter du flanger… La guitare se métamorphose seconde après seconde, toujours plus évolutive : l’essence même du shoegaze. Les plages s’étirent en de longs instrumentaux, où chaque instrument se regroupe. Non pas dans des solos tordus, mais dans de grandes masses informes avant d’exploser littéralement comme sur « Zelda », véritable épopée shoegaze.

On perd le contrôle, on chute, mais la musique continue, et les musiciens reprennent les manettes. Pas d’atterrissage, une chute brutale dont on ne sort pas indemne pour ce qui est le morceau le plus marquant du set. Faut dire qu’il y a du matos, mais également beaucoup de travail derrière. On perçoit une volonté de créer des sonorités et des structures complexes, et c’est en bonne voie pour l’instant. On espère sincèrement que l’EP à venir confirmera ce talent entrevu ce soir.
La suite du concert est du même acabit: North Odd Preppies est farfelu mais entraînant. Un brin psychédélique mais encore trop vague pour pouvoir dégager un style précis. Libido Fuzz groove comme il faut avec des morceaux concis et puissants au feeling très 60’s. Garage et acid, ce power trio complet (batterie brutale, basse gorgée de fuzz et guitare puissants) envoie des riffs efficaces et puissants. En revanche l’équipe de Flippin’ n’a pas pu assisté au show de 666 Revelation, on était au macdo…

Pour suivre l’actu de Be Quiet :

http://www.facebook.com/wearebequiet

http://bequietfr.tumblr.com/

Chronique #1 (Octobre 2012) NOWHERE (FILM & ALBUM)

« Los Angeles c’est genre… Nulle part. » sont les premiers mots du film.

 

Aaaah Los Angeles, ville de l’excès et de la folie… Et oui cher lecteur, Gregg Araki l’a trouvé le lieu parfait pour son film « Nowhere » mettant en scène des adolescents américains et qui avec succès, nous emmènent dans le monde fabuleux de la drogue, l’amour, le pluralisme sexuel, l’anorexie, le sadomasochisme, la violence et autres délires en tout genre (dont le fait, entre autres, d’insérer du chocolat dans le vagin de sa conjointe pour mieux le déguster). « Ah, dégueu, jamais j’irais voir ce film. » Et si je te dis qu’en plus, cher lecteur, le film n’a pas d’histoire à proprement parler, de scénario bien défini ?

On s’en fout puisque à la moitié du film un énorme lézard extraterrestre débarque sur terre et s’amuse à buter la moitié des personnages. « Ah ok, ça à l’air trop cool en fait ». Ouais. Assez déjanté ce movie. En plus des décors vraiment farfelus et ultra colorés, ce qui fait la force du film, ce sont les héros de « Nowhere », complètement barrés mais très, très attachant. Pourquoi ? Et bien tout simplement parce que l’extrême too-much-ité des personnages rends leur comportement et le film très réaliste. On croit que ces types ont existé et on a trop envie de faire parti de leur bande de potes pour les sauver ! Sauver ces représentants de cette génération 90’s perdue, déboussolée qui côtoie de près la mort à cause de (ou grâce à?!) la drogue qu’elle s’enfile par paquets de 10. « Nowhere » est l’illustration parfaite de ce qu’a vécu cette génération et à la fin du film, on reste sans voix mais notre cerveau de petit être sensible hurle : « C’est quoi ce bordel ?! ». Un peu comme quand on écoute l’album du même nom : « Nowhere » (faut suivre les gars) du groupe d’Oxford, Ride. Oui, car cette génération perdue, les types de Ride en font partie avec leurs cheveux longs et leur dégaine je-m’en-foutiste. Aaah le shoegaze… Pour les incultes, ce terme désigne les guitaristes qui fixent (to gaze) leur chaussures (shoes) vu qu’ils ont une vingtaine de pédales d’effets comme ce cher Louis de Be Quiet. Le film en question regroupe également dans sa BO tout plein de chansons shoegaze (Lush, Slowdive…). La vie est bien faite non ?

Sachez par ailleurs que « Nowhere » est considéré comme l’un des meilleurs albums shoegaze de tous les temps. Et bien je confirme. La transe causée par la drogue (Seagull), l’amour (Vapour Trail), le sexe (Here And Now) et cette terrible sensation de tomber dans un immense puits sans ne pouvoir rien faire (In a Different Place, Dreams Burn Down, Paralysed) sont les émotions et les images que procure ce fabuleux disque. Bien aidé de la wah et du flanger d’Andy Bell, le groupe s’impose en maîtres dans l’art de faire chavirer nos cœurs : à l’écoute du disque on ne sait pas si on va mourir dans la nuit suivante ou si on va faire l’amour avec l’être que l’on aime le plus (comme sur Polar Bear par exemple). Le titre Nowhere nous emmène dans une violence que l’on croyait inexistante chez ces jeunes adolescents à la voix douce et langoureuse. Cet album regorge également de pépites pop comme Kaleidoscope ou Taste lesquelles nous emmènent (comme l’ensemble de cet album) loin, loin, très loin mais on ne sait où…

Nulle part peut-être ?

Playlist #1 (Octobre 2012) REBELLION

15 chansons sur le thème de la rebellion ! 1h05 de musique contestataire !

Voici la tracklist :

1. « Volunteers » – Jefferson Airplane (1969)
2. « Kick out the Jams » – MC5 (1969)
3. « Kill Your Sons » – Lou Reed (1974)
4. « War » – Bob Marley (1975)
5. « White Riot » The Clash (1979)
6. « When the Tigers Broke Free » – Pink Floyd (1982)
7. « Teenage Riot » – Sonic Youth (1988)
8. « Don’t Believe the Hype » – Public Enemy (1988)
9. « Gouge Away » – The Pixies (1989)
10. « Breed » – Nirvana (1991)
11. « Killing in the Name of » – Rage Against The Machine (1992)
12. « International Cover-up » Rancid (1994)
13. « Un Jour en France » – Noir Désir (1996)
14. « The Decline » – NOFX (1999)
15. « My First Song » – Cheveu (2011)