Chronique #2 (Novembre 2012) « Lonerism » by TAME IMPALA

lonerism

Vous êtes au fast-food. Burger en main, vous dégustez le met culinaire le plus raffiné du coin et cuisiné avec amour. La table est dégueulasse, les gens sont bruyants, les cuisines puent… Mais vous savourez ce burger, bouchée après bouchée, quitte à laisser couler une goûte de sauce dans le carton du sandwich et la récupérer en l’aide d’une bonne frite. Puis une longue gorgée de soda pour rincer tout ça avec du sucre synthétique… Puis, d’une main gauche assurée, vous saisissez deux frites. La friture salée vous titille la langue et la consistance de la pomme de terre en fait un accompagnement parfait. Frite après frite, votre carton se vide, à tel point que vous en oubliez ce pauvre burger qui en perd sa salade.

Mais tout à coup, une frite s’avère plus coriace que les autres: plus croustillante, goûtue. Son corps fondant caresse votre palais avant de s’évanouir dans votre gorge, exultant ses dernières saveurs.

C’était une potato.

Et bien, si la scène psychédélique revival était un repas au fast food, la potato serait un groupe Australien. A l’image de la rivalité frite/potato, les faux jumeaux Américains/Australiens se tirent la bourre. Mais dans tous les cas, les frites gagneront, et il en va de même dans le monde de la musique: une petite potato cachée dans un grand paquet de frites, qui vient revaloriser le goût des frites, vous faire une douce bouffée d’air frais avant de rempiler sur la suite.

Notre potato s’appelle Tame Impala.

Tame-Impala

Kevin Parker, Dominic Simper, Nick « Paisley Adams » Allbrook, Jay Watson

Tame Impala représente la fusion psychédélique de deux genre improbables: la pop des BEATLES et la lourdeur du SABBATH. Je vais être franc: cet album est un ovni cosmique.
Ce chant Lennonien, ces guitares acides, cette batterie brutales, ces mélodies enfantines… Improbable vous dis-je, comme le premier morceau « Be Above It », qui unit si bien ces paradoxes.

Le groupe clame implicitement ses influences (« Endors Toi » tire beaucoup vers le FLOYD), mais pourtant se confectionne son identité. Cette identité, qui découle d’une excellente production mettant l’accent sur des sonorités d’on ne sait où et une guitare dont on exploite un maximum les effets. Oui, c’est très cosmique. On voyage de mouvement en mouvement, où les transitions nous surprennent toujours (« Apocalypse Dream » et le fabuleux « Nothing […] We Could Control »). Quoi qu’il arrive, chaque seconde apportera un élément inconnu: un roulement de batterie, une entrée de clavier, un gros coup de guitare lointain…

Kevin Parker

Kevin Parker

Et dans tous les cas, la mélodie reprend ses droits sous le joug du chanteur chanteur/guitariste Kevin Parker, qui semble seul à maître à bord.

Et cette production, qui reste brute malgré un gros travail, ne fait qu’accentuer le sentiment de se trouver téléporté d’un lieu à un autre en l’espace d’une seconde. Kevin Parker, aurait enregistré chaque piste instrumentale six fois (et douze fois pour le chant), ce qui aboutit à cette sonorité si compressées.
La verve des guitare qu’on retrouvait sur le premier album n’a pas disparue, elle est mieux maîtrisé  histoire de ne pas en faire trop mais de rester un minimum stoner pour la forme (« Elephant »).

Beaucoup de choses se dégagent de cette navette envoyée si brusquement: des teintes de jazz ça et là, parfois du blues bien gras (« Mind Mischief »), et avec amusement on reconnaîtra un hommage au morceau « Mr. Crowley » d’Ozzy Osbourne, et cette fois je vous laisse deviner quel titre.

Cette innocente potato Australienne a décidément de quoi faire pâlir ses cousins Américains. Car la meilleur sortie psychédélique de l’année de 2012 a su se faire attendre, et elle vient bien d’Oz-tra-lia.

Chronique #1 (Octobre 2012) NOWHERE (FILM & ALBUM)

« Los Angeles c’est genre… Nulle part. » sont les premiers mots du film.

 

Aaaah Los Angeles, ville de l’excès et de la folie… Et oui cher lecteur, Gregg Araki l’a trouvé le lieu parfait pour son film « Nowhere » mettant en scène des adolescents américains et qui avec succès, nous emmènent dans le monde fabuleux de la drogue, l’amour, le pluralisme sexuel, l’anorexie, le sadomasochisme, la violence et autres délires en tout genre (dont le fait, entre autres, d’insérer du chocolat dans le vagin de sa conjointe pour mieux le déguster). « Ah, dégueu, jamais j’irais voir ce film. » Et si je te dis qu’en plus, cher lecteur, le film n’a pas d’histoire à proprement parler, de scénario bien défini ?

On s’en fout puisque à la moitié du film un énorme lézard extraterrestre débarque sur terre et s’amuse à buter la moitié des personnages. « Ah ok, ça à l’air trop cool en fait ». Ouais. Assez déjanté ce movie. En plus des décors vraiment farfelus et ultra colorés, ce qui fait la force du film, ce sont les héros de « Nowhere », complètement barrés mais très, très attachant. Pourquoi ? Et bien tout simplement parce que l’extrême too-much-ité des personnages rends leur comportement et le film très réaliste. On croit que ces types ont existé et on a trop envie de faire parti de leur bande de potes pour les sauver ! Sauver ces représentants de cette génération 90’s perdue, déboussolée qui côtoie de près la mort à cause de (ou grâce à?!) la drogue qu’elle s’enfile par paquets de 10. « Nowhere » est l’illustration parfaite de ce qu’a vécu cette génération et à la fin du film, on reste sans voix mais notre cerveau de petit être sensible hurle : « C’est quoi ce bordel ?! ». Un peu comme quand on écoute l’album du même nom : « Nowhere » (faut suivre les gars) du groupe d’Oxford, Ride. Oui, car cette génération perdue, les types de Ride en font partie avec leurs cheveux longs et leur dégaine je-m’en-foutiste. Aaah le shoegaze… Pour les incultes, ce terme désigne les guitaristes qui fixent (to gaze) leur chaussures (shoes) vu qu’ils ont une vingtaine de pédales d’effets comme ce cher Louis de Be Quiet. Le film en question regroupe également dans sa BO tout plein de chansons shoegaze (Lush, Slowdive…). La vie est bien faite non ?

Sachez par ailleurs que « Nowhere » est considéré comme l’un des meilleurs albums shoegaze de tous les temps. Et bien je confirme. La transe causée par la drogue (Seagull), l’amour (Vapour Trail), le sexe (Here And Now) et cette terrible sensation de tomber dans un immense puits sans ne pouvoir rien faire (In a Different Place, Dreams Burn Down, Paralysed) sont les émotions et les images que procure ce fabuleux disque. Bien aidé de la wah et du flanger d’Andy Bell, le groupe s’impose en maîtres dans l’art de faire chavirer nos cœurs : à l’écoute du disque on ne sait pas si on va mourir dans la nuit suivante ou si on va faire l’amour avec l’être que l’on aime le plus (comme sur Polar Bear par exemple). Le titre Nowhere nous emmène dans une violence que l’on croyait inexistante chez ces jeunes adolescents à la voix douce et langoureuse. Cet album regorge également de pépites pop comme Kaleidoscope ou Taste lesquelles nous emmènent (comme l’ensemble de cet album) loin, loin, très loin mais on ne sait où…

Nulle part peut-être ?