Live Report (Novembre 2012) GODSPEED YOU! BLACK EMPEROR

Une tournée qui fait escale au Rocher Palmer de Cenon, un nouvel album qui déchire autant que ses illustres prédécesseurs, et une maîtrise toujours aussi parfaite de leurs instruments… Et tout ça après dix ans de sommeil. Quel bonheur de revoir Godspeed You ! Black Emperor en activité.

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Pochette de l’album « Allelujah Don’t Bend Ascend »

Un vrombissement retentit. C’est le drone, le son ambiant qui te pète les oreilles, le larsen. Il fait tout noir dans la salle, et l’atmosphère est lourde. Merde, tous les musiciens sont sur scène : trois guitariste, deux batteurs, un pianiste, deux bassistes, un gigantesque violoncelle, et une violoniste. Mais ils ne bougent pas, statiques à l’image de la torture qu’ils nous infligent. Et ce drone continue, bourdonne et s’installe dans nos pauvres tympans à l’agonie. Trente secondes ? Dix minutes ? Une heure ? Je ne sais pas mais la douleur se fait de plus intense à chaque instant.

Derrière la scène, un film projeté.

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Tu parle d’un film : le mot « Hope », espoir en noir et blanc qui tremble au son des acouphènes. L’espoir de voir un jour ce son s’arrêter peut être. Voilà la définition du silence par Godspeed You ! Black Emperor.

Le violon crisse un bon coup pour rejoindre cette note unique, puis la guitare s’y met, les cordes caressées par un archer, une autre guitare, puis un autre, puis une basse, puis une autre… La tonalité change doucement, le violon s’intensifie, les pédales d’effet chauffent, les percussions se font timidement remarquer, ça monte, ça monte, ça MONTE PUTAIN !!!!!

EXPLOSION COSMIQUE !!

Enfin ! « Mladic », extrait de leur tout nouvel album, se lance. Nom de dieu qu’on l’a mérité ce morceau, et on l’apprécie d’autant plus. Comme un pénis électrifié pénétrant dans un grand coup de décibel un vagin atmosphérique tellement lancinant : c’en est jouissif.

Le son est fort, les guitares sont saturées, les deux batteries cognent sec… Il fallait dix minutes de torture pour édifier le mur du son, et voilà qu’on se le prend littéralement dans la gueule pendant deux heures. Deux heures de musique sans interruption, avec des montées et des descentes, des explosions et des accalmies, des plages ambiantes et des fusées de guitare distordues. godspeedLes musiciens restent assis ? C’est d’autant plus prudent : danger d’écrasement imminent. Godspeed vous a eu, impossible de penser à autre chose que ces notes obsessionnelles, ces instruments tellement nombreux est tellement bien synchronisés qu’on arrive même plus à savoir qui fait quel son… Une horreur sublime. Et si par malheur on lève les yeux, c’est pour observer sur l’écran le spectacle de manifestants chinois massacrés, ou des pages de bouquins défilant tellement vite qu’on ne peut retenir qu’un mot par seconde. « Hate », « Disguss », « Dreadful »…

Il y a bien plus que du talent chez ce groupe. Un véritable virtuosité et une maîtrise parfaite des outils mis à leur disposition. Pas de chant, des morceaux complexes et élaborées en plusieurs mouvements… Godspeed pourrait paraître élitiste, mais pourtant n’importe quel péquenot qui assisterait à cette orgie sonore contrôlée pourrait se rendre compte de l’ampleur et de l’évidence de la chose : Godspeed tue toute concurrence en restant accessible au commun des mortels. Jamais il ne tourne autour du pot. Même si les montées sont longues, elles vont droit au but et ne s’égarent jamais dans de l’expérimentation fumeuse. Une fois qu’on décolle, il n’y a pas une seconde de flottement, d’ennui qui pourrait s’incruster dans la performance. Et si ç’avait été le cas, cette seconde aurait été balayée par trois grands coups de médiator en une note unique tel le caca de chien gisant sur le trottoir à l’arrivée des employés municipaux.

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Seulement quatre morceaux ont été joués ce soir pour deux heures d’adrénaline pure. Curieusement, ils ont été tirés du dernier album, et de l’EP Slow Riot For ZerO Canada. Aucune trace de F#A#∞ ou de Lift Your Skinny Fists… Au final on s’en fout, parce que tout est bon dans le jambon, et parce que Godspeed a la capacité de faire de chaque morceau un chef d’œuvre, un ascenseur émotionnel, ou une merveilleuse torture. Si la scène post-rock n’est pas toujours grandiose (voire un résidu de masturbation scatologique élitiste), les Québécois de Godsped You ! Black Emperor seront toujours là pour défendre avec honneur et passion ce faux genre, qui n’est au final rien d’autre que du rock qui transcende l’infini, rien d’autre…

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