Edito #1 (Octobre 2012)

« Fuck you, I won’t do what you tell me »  Zack de La Rocha

Montez le son, allumez une clope, fermez les yeux, rêvez…

On parle de musique là non ? Ouais ouais, on parle bien de ça, et c’est ce que flippin’ va tâcher de faire cette année à Bordeaux. Beaucoup de groupes, variés et éclatés partout sur les scènes bordelaises, et peu de presse pour les couvrir. Y’a bien quelques revues bien pensantes financées par la mairie pour vous baratiner sur le dernier concert d’Eiffel où la prochaine soirée electro à l’Iboat, mais est-ce suffisant ?

Sûrement pas. Putain, depuis Noir Dez’, rien n’a su secouer notre chère ville embourgeoisée par les boites de nuit electro, et autres soirées épicuriales pour discuter du dernier album de Dylan autour d’un bon verre de vin bradé. Après cet élégant apéritif, pourquoi ne pas se dandiner vers Paludate, exhiber sa nouvelle chemise sur un nouveau tube enflammé de Jay-Z, où je ne sais quel remix d’un putain de tube de l’été à gerber ? Après tout, l’odeur du gel fondu se mêle plutôt bien avec celle du déodorant. Et puis David Guetta après trois verres et un rail c’est tout de même sympa !

Se mêler aux nouveaux hipster aux allures retro, ça aurait pu le faire, seulement si ces derniers n’avaient pas un penchant certain pour le ridicule affiché avec fierté dans des fringues hideuses et des coupes faussement crasseuses.

Non, vous valez mieux que ça. La musique ne doit pas être le monopole des bien pensants, des mouvements conformistes. Les Pussy Riot ne le savent que trop bien. La musique (et on appliquera principalement dans nos colonnes ce terme au rock dans son ensemble) doit secouer la norme, faire bouger les choses, tenter le diable, et non se dénuder sur NRJ 12 dans une soupe infâme qui n’a de R&B que le nom, maquillée et travestie indignement pour réinventer une féminité sans vêtements (et sans dignité). Mais après tout, que demande le peuple ? Des refrains faciles, des suites de notes pas trop compliquées et une production qui sonne bien pour danser tout l’été. Bref, un modèle de composition !!

L’electro, le hip-hop, le rap… Rien de tout cela n’est à blâmer. En revanche, je ne serais pas si catégorique sur les producteurs qui sauront ruiner musicalement des artistes et ridiculiser un genre entier au moyen d’employés (je ne leur accorderai même pas le qualificatif de « chanteur ») aussi complices qu’eux dans ce massacre, cette escroquerie des genres sortis sortis des bas-fonds pour une insupportable démocratisation, que dis-je, décrédibilisation. Il suffit d’un morceau de Sexion d’Assaut pour que le glas retentisse. Si les rappeurs des 90’s avaient su ce qu’allait devenir leur précieux art de rue, ils auraient eu là véritable prétexte pour mettre la banlieue à feu et à sang.

Mise en garde alarmante ? Non, simple constat de ces années 2010 déjà trop élancées vers l’uniformisation des radios et du style de vie.

Reste-t-il de l’espoir ? Flippin’ a envie d’y croire, et se lance dans une aventure sur le non-marché des presses indépendantes. Au programme : rébellion, guitare, concerts et jeunesse. Si nous rejetons le culte du mainstream, alors c’est peut-être l’underground qui nous prendra sous son aile blessée.

Bonne rentrée !

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Interview #1 (Octobre 2012) BE QUIET

C’est sur une affiche assez représentative de la scène Bordelaise que les Be Quiet se sont produits le 12 octobre. Représentative par sa jeunesse, par sa diversité et par sa géographie : le groupe partage successivement la scène avec North Odd Preppies, 666 Revelation, et les Libido Fuzz, et qui plus est dans un lieu montant des sorties bordelaises, tant pour ces concerts en début de soirée qu’en tant que boite de nuit un peu plus tard, l’I-boat. Au quai du bassin à flots, cette péniche offre depuis le pont une superbe vue crade et authentique de la Garonne, en face de bâtiments désaffectés et d’une rive droite en chantier. C’est juste après les balances que nous retrouvons le groupe, composé de Benjamin (chant, guitare), Louis (guitare, multiples pédales bruyantes), Mateï (clavier) et Quentin (batterie) pour une interview.

A cheval entre shoegaze et post-punk, ces français tellement british tout vêtus de noir nous invitent à nous caler dans leur van une bière à la main, pour parler de l’EP à venir et tenter de clarifier un peu leur rapport à la scène bordelaise, assez obscur à l’image de leur musique.

L’équipe Flippin’ interview Be Quiet dans leur kamtar !

Version vidéo :

Version papier :

Flippin : Comment avez vous été amenés à jouer ensemble ?

Benjamin : C’est la pire question qu’on nous ai posé (rires timides)

Louis : Par hasard. A la base on est issus de deux groupes différents. On s’est rencontré sur un plateau commun. Je jouais avec Malice et je suis allé les voir « s’il vous manque un guitariste, ben j’suis là! ». Et grâce à Quentin j’ai intégré le groupe assez rapidement. Au final Pierre est venu nous rejoindre assez rapidement, et Mateï par la suite.

 

Mateï : En fait je joue dans plusieurs groupe comme The Barbies, Dream Paradise avec Benjamin que j’avais rencontrer au lycée avant la naissance de Be Quiet. Et quand ils ont eu besoin d’un synthé ils m’ont appelé.

 

 

Flippin : Et pourquoi justement ce besoin de synthé ?

Louis : On avait décidé de changer radicalement notre musique, plus un besoin qu’une envie…

Flippin : Comment se déroule l’enregistrement de l’EP ?

Benjamin : On l’enregistre dans un très bon studio qui s’appelle L’atelier, qu’on à eu la chance de connaître par un ami à moi avec qui je faisais de la guitare plus jeune. Il m’a fait visiter les lieux et rencontrer un ami avec qui on planche sur le mixage, les finitions… comme un producteur en fait. On a beaucoup de choses en boite, mais on prend notre temps.

Louis : on va terminer un nouveau morceau la semaine prochaine, et l’EP sort en janvier 2013 si tout va bien.. Quatre morceaux assez long, de plus de huit minutes donc l’EP devrait en faire une trentaine. On devrait finir à la Toussaint et profiter de la fin d’année pour mixer, rajouter des trucs et nous reposer un peu…
Benjamin : Et surtout faire d’autres salles pour voir comment notre public réagit à notre musique, et éventuellement modifier de trucs, les pousser plus loin pour exploiter un maximum nos morceaux jusqu’à ce qu’on en soit très satisfait. C’est d’ailleurs pourquoi on est là ce soir.

Flippin : Et par quels moyens allez vous le distribuer ?

Mateï: Par internet. On pense pas pour l’instant à investir. Ça a déjà un coût de l’enregistrer. Bien sûr, le faire presser en CD ou en vinyle ça serait le rêve mais c’est trop cher, et ça rapporte peu si ce n’est le plaisir de l’objet. On pense surtout à le diffuser pour trouver des contacts hors de Bordeaux et s’exporter, c’est comme ça qu’on va faire la première partie des Hyènes que nous avons rencontré par hasard au Krakatoa. Ils sont très sympas. Vive le punk ! (rires expressifs).

Flippin : Sentez vous appartenir à une scène, ou un courant musical précis ?

Mateï : On cherche pas à coller à un style, à une mouvance. Tu vois même si ce soir on joue avec le North Odd Preppies, nos musiques n’ont pas grand chose en commun. Bien sûr on a des salles dans lesquelles on aime bien jouer comme l’I-Boat.

Louis : On cherche pas du tout à appartenir à cette scène bordelaise. C’est tellement varié en plus

Flippin : Y’a plus de rock français ?

Tout le groupe : Non !! (Rires complices. Tout le monde s’étreint et se fait des clins d’œil subjectifs. Mais nous sommes surpris par l’arrivée de Pierre, le bassiste). Allez Pierre rejoins nous on fait une interview, fais l’hélicoptère !

 

Pierre : C’est qui c’est clochards avec leurs bières ?

 

Flippin : Euh, c’est nous qu’on fait l’interview en fait, burps…

 

Flippin : Un groupe du moment à Bordeaux ?

Louis : Midnight Panda Club (Rire à gorge déployée. Tout le monde se pourlèche le visage en se caressant affectueusement). John & the Volta aussi.

Flippin : Joy Divison ou The Cure ?

Louis, Mateï Benjamin : The Cure (sourires amoureux). Pierre et Quentin : Joy Division

Flippin : The Horrors ou Radiohead ?

Unanimité Radiohead dans un cri de joie sonore.

Quentin et Pierre : On est pas au niveau de faire du Radiohead, on a pas un bon chanteur en fait.

 

Flippin : Vos premières parties ?

Les Hyènes, Mademoiselle K, Ratatat, Luke, Renan Luce… (Hilarité générale, violente partouze dans le van, j’en renverserais même ma bière putain).

Flippin : Vous aimez votre public ?

Quentin : Oui en serait prêt à sucer la bite de n’importe lequel de nos fans !

Flippin : Cool, on vous rejoint après le concert alors !

Bizarrement, les Be Quiet ouvriront le concert pour les trois prochains groupes, et de manière assez spectaculaires L’acoustique et l’ambiance caverneuses de la cale de l’I-boat semblent matérialiser la rock mi-gothique mi-ado du groupe, nappée de claviers. Le son est glacé, le clavier lointain et le chant convaincant. La rythmique est carrée, précise et inventive. Mais ce qui frappe surtout c’est le jeu de scène déchaîné du guitariste. De tout le concert, on ne pourra voir ses yeux, effacés sous une longue crinière lisse et fixés inlassablement sur le sol comme pour percer ce qui se cache en dessous. En réalité, Louis est concentré sur le set infini de pédales d’effets à ses pieds, qu’il enclenche avant de reprendre ses gesticulations compulsives.
Il alourdit son fuzz, le couvre d’écho, puis le rend clean pour de nouveau y rajouter du flanger… La guitare se métamorphose seconde après seconde, toujours plus évolutive : l’essence même du shoegaze. Les plages s’étirent en de longs instrumentaux, où chaque instrument se regroupe. Non pas dans des solos tordus, mais dans de grandes masses informes avant d’exploser littéralement comme sur « Zelda », véritable épopée shoegaze.

On perd le contrôle, on chute, mais la musique continue, et les musiciens reprennent les manettes. Pas d’atterrissage, une chute brutale dont on ne sort pas indemne pour ce qui est le morceau le plus marquant du set. Faut dire qu’il y a du matos, mais également beaucoup de travail derrière. On perçoit une volonté de créer des sonorités et des structures complexes, et c’est en bonne voie pour l’instant. On espère sincèrement que l’EP à venir confirmera ce talent entrevu ce soir.
La suite du concert est du même acabit: North Odd Preppies est farfelu mais entraînant. Un brin psychédélique mais encore trop vague pour pouvoir dégager un style précis. Libido Fuzz groove comme il faut avec des morceaux concis et puissants au feeling très 60’s. Garage et acid, ce power trio complet (batterie brutale, basse gorgée de fuzz et guitare puissants) envoie des riffs efficaces et puissants. En revanche l’équipe de Flippin’ n’a pas pu assisté au show de 666 Revelation, on était au macdo…

Pour suivre l’actu de Be Quiet :

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